L'intégrisme ou la défense de ses choix

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A la lumière de récents débats, il m’est venu une réflexion :
Comment expliquer que les discussions de passionnés revêtent toujours, à un moment ou un autre, un caractère conflictuel ?

Je tente une explication de mon point de vue. Pardonnez-moi cette philosophie de comptoir, c’est un peu long.

Nous connaissons tous des exemples de couple infernaux qui donnent lieu à des engueulades entre gens qui au fond, se ressemblent énormément.
L’analogie avec le monde de la « photo » amateur est frappante. Dans ce monde, peuplé de toutes sortes de gens, il y a deux grands clans : les Canonistes et les Nikonistes. Ceux là se détestent. Ils ne peuvent pas discuter ensemble puisqu’en face, c’est tous des cons ! Ils ont fait leur choix pour de mauvaises raisons, ils ne comprennent rien au vraies valeurs de la photographie.
Les arguments avancés sont les mêmes que pour les montres : truc mise tout sur le marketing et la technologie, machin mise sur sa réputation, la tradition et quelques pièces maîtresses en négligeant le reste… Bref tous les fabricants se foutent de la gueule de leurs clients.

Ensuite, il y a une sorte de consensus autour de certaines marques comme Patek, euh… Leica. Il y a les marques respectables mais moins cotées, comme Olympus/Oméga et plein d’autres comme ça.
Ensuite il y a le clan des «manuel» et celui des «automatismes», des appareils électroniques et des mécaniques, des 24x36 et des 6x6, des Kodak et des Fuji… Dans ces groupes, on retrouve alors les mêmes clivages. Bref, c’est sans fin car les combinaisons sont nombreuses.
Et le débat s’envenime encore avec l’arrivée des numériques (photoscopes, comme disent les gens qui refusent de les appeler appareil photographique). Et dans tout ça, ces chers amateurs en oublient le but unique des appareils photo : faire des photos.
L’analogie s’arrête là car les montres de luxe ne sont pas faites pour donner l’heure, du moins pas seulement. Mais les comportements sont tout de même incroyablement semblables.
Il doit bien y avoir derrière cela un schéma transposable.

Prenons, toujours dans ce monde parallèle au notre, le cas des professionnels. Pourquoi eux ?
Parce que les professionnels, les vrais, ils n’en ont rien à faire du matos, eux, ils font des photos. Ils ont l’une ou l’autre des marques par habitude. Il serait difficile de les faire changer parce qu’ils se sont habitué à l’ergonomie et ils ont acheté les cailloux (objectifs), qui constituent la plus grosse part de l’investissement, et qui ne sont pas compatibles entre eux. Mais je défie quiconque de dire, face à deux photos, celle-ci a été prise par un Nikon, celle là par un Canon, ce sont des matériels différents qui produisent les mêmes résultats. Pour fuji / Kodak, c'est plus facile mais c'est une affaire de goûts.

Mais nous ? Pour nous, le but, c’est de se faire plaisir. C’est de l’onanisme. Comme on a pas de problèmes de compatibilité de nos matériels, pourquoi ne pouvons nous pas changer de marque comme ça ? Apprécier ce que les autres font bien sans mépriser personne ?

Alors ? N’est ce pas parce qu’on se sent un peu coupable quelque part ? Coupable de sacrifier certaines choses pour cette passion ? Et du coup, si quelqu’un vient nous dire qu’il a fait un autre choix, on se sent tout merdeux : cette barrière d’arguments que l’on avait construite pour protéger son propre (dés)équilibre devient le rempart à défendre, la citadelle assiégée et il faut repousser ces hérétiques, les convertir ou les brûler !
En tant qu’instrument politique, la religion permettait, et permet toujours pour certains, après une évangélisation, un conditionnement, d’expliquer l’inexplicable, de donner un sens à toutes les souffrances apparemment inutiles que l’on endure sur cette Terre. Dans son expression ultime, lorsque cette forme de religion se sent menacée par d’autres valeurs différentes ou qu’elle estime déviantes, elle engendre les croisades et l’intégrisme, justifiant ainsi toutes les exactions. Deux personnes, au fond très semblables, et qui en dehors de ce contexte sauraient s’apprécier, en arrive alors à se détester et à vouloir se détruire. Je ne vois donc rien de très constructif là dedans.
En matière de passion (et le mot n’est pas neutre puisqu’il appartient au vocabulaire religieux) c’est le même schéma : moi, les «comme moi», et les autres, les hérétiques !

Si nous cessions de nous enfermer dans nos convictions, et appréciions nos différences, même la différence entre Quartz et Mécanique. Après tout, le spiral, l’échappement à ancre ou encore le ressort ont du paraître trop moderne à certains, à l’époque de la clepsydre ou du sablier.
Et n’oublions jamais que, vu des yeux de quelqu’un qui considère, à juste titre, que mettre plus de 150 F dans une montre qui n’est même pas aussi précise qu’une montre publicitaire à 30 balles est incompréhensible, on est tous dans le même sac : Des tarés, des malades qui s’engueulent pour rien. Ce sont, eux nos ennemis !!! (je plaisante, je vis avec l’une des leurs).

Ou alors, en y réfléchissant, finalement, c’est peut être parce que c’est marrant de se battre, non ?

Bruno