Ma
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CHRONOMAT VITESSE |
à Moi |
texte et photos par Bruno Cracco (sauf mentions spéciales) - juin 2001 pour la "Passion des Montres"
Lecteur attention : cette revue n'est pas n'importe
laquelle. C'est celle de la montre par laquelle, pour moi, tout est arrivé.
Avant elle, je n'avais possédé, pendant très longtemps,
que des montres électroniques, à affichage digital. Le côté
"outil" de ces merveilles technologiques m'avait toujours fasciné.
La dernière montre à quartz que j'ai possédé était
une sorte de summum en la matière. Imaginez un petit peu : une montre,
étanche à 100m, qui ne perd ou ne gagne qu'une seconde par mois,
qui n'a besoin pour tout entretien que d'un changement de pile tous les 8 ans,
si, si huit ans, qui propose deux alarmes, un fuseau horaire, un calendrier
complet perpétuel, un chronographe 24h au centième de seconde,
la mesure de temps intermédiaires, deux comptes à rebours, deux
alarmes et sans oublier une petite sonnerie, toutes les heures. Si à
cela vous ajoutez une lumière pour lire toutes les fonctions la nuit,
pourquoi changer ?
Je me pose encore parfois la question aujourd'hui.
Non pas que je regrette, bien au contraire, mais je me demande pourquoi en ce
début 1998 j'ai refusé l'an 2000 approchant et ce qu'il offrait
de plus avancé pour retourner au début du siècle. C'est
tout de même comme si aujourd'hui on se mettait à délaisser
l'ordinateur pour revenir à la machine à écrire, comme
si, au lieu de vous connecter à Internet pour lire ces quelques lignes
vous aviez dû vous procurer une obscure revue à faible tirage.
Mon humilité me pousse d'ailleurs à me dire que vous ne seriez
certainement pas en train de lire ces lignes si nous étions en 1900.
Qui publierait cette prose ?
Mais revenons à nos moutons. Je vais vous décrire cette tocante à roues et à ressorts qui m'a fait basculer dans un monde irrationnel dans lequel nous recherchons, malgré tout, une perfection qui peut être obtenue simplement par des moyens plus modernes. Mais c'est comme de marcher pour aller à la boulangerie ou encore se balader à vélo alors que l'automobile existe : c'est peut-être goûter au charme propre à tout ce qui est désuet.
Vue d'ensemble
C'est le modèle Chronomat Vitesse, Or et
Acier à fond bleu.
La lignée de ce modèle est très ancienne. Le nom "Vitesse"
date de 1905, date à laquelle un modèle nommé simplement
"Vitesse" fit l'objet d'un brevet, contesté (voir l'instructif
article de Joël de Toulouse à ce sujet, ici),
car il permettait de mesurer la vitesse grâce à un tachymètre
et une trotteuse de chronographe qui faisait le tour du cadran en 4 minutes.
Ce modèle fit le bonheur de la police de la route helvétique de
l'époque. Le modèle "Chronomat", lui, était destiné
aux aviateurs des années 1940 (lancement en 1941) et était doté
d'une règle à calcul, fort utile en ces temps héroïques
où le seul capteur sophistiqué embarqué dans les avions
était posé dans le fond du siège du pilote.
De son père, elle hérite certes son nom de famille et une échelle
graduée de 0 à 100 sur le tour du cadran, mais point de règle
à calcul. De sa mère, elle hérite du très utile
tachymètre.
Le modèle 1998 de la Vitesse est donc un
chronographe mécanique, imposant par ses dimensions et son poids, à
l'aspect technique, sportif :o) et un brin
disons le, voyant. Car le moins
que l'on puisse dire c'est qu'elle ne passe pas inaperçu. Les amateurs
de montres autant que les gens pour qui une montre sert à donner l'heure
la remarquent. La lunette en Or n'est pas étrangère à ce
phénomène. On aime ou on n'aime pas, c'est une affaire de goûts,
mais cette montre est plus un bijou qu'une montre. Cela peut même être
gênant parfois car mal interprété, alors, disons le tout
net : je ne porte pas mes montres pour prouver quelque chose. Je les porte pour
me faire plaisir, à moi tout seul, très égoïstement.
Cela n'empêche que, en général, dès le premier regard,
on reconnaît une Breitling. Ce sont des garde-temps à forte identité.
Le style Breitling a été copié, plagié mais il est
reconnaissable au premier coup d'il, comme le style Rolex d'ailleurs.
Lorsque l'on écarte les nombreuses copies de qualités très
inégales qui pullulent sur le marché, rien ne ressemble plus à
une Breitling qu'une Breitling (les trois séries vedettes, d'hier et
d'aujourd'hui, sont Professional, Navitimer et Chronomat et sont identifiables
au premier coup d'il). Bien entendu, cela s'accompagne d'une construction
très sérieuse et d'une finition exemplaire, caractéristiques
de toute la production Breitling d'aujourd'hui. On peut décrier Breitling,
leur politique de prix et leur marketing très "grand public",
jouant sur les idoles faciles mais on ne peut leur enlever ceci : leurs montres
sont de très bonne facture.
Le Boîtier
C'est un boîtier en Acier 316L, usiné
à partir d'un bloc d'acier massif, en finition poli-miroir intégrale.
Le 316L, communément appelé "acier chirurgical" est
le plus amagnétique des aciers, bien sûr inoxydable, très
résistant à l'agression chimique et d'une dureté assez
élevée. Pour la petite histoire, cet acier est appelé chirurgical
car il est utilisé pour la fabrication des instruments chirurgicaux,
mais, en aucun cas pour les prothèses et autres implants car il contient
une proportion élevée de Nickel.
Le boîtier est d'une taille assez imposante, surtout son épaisseur
(14,7 mm), bien fini. Le diamètre est de 40,5 mm et le poids, hors bracelet,
est de 79,9g.
La forme du boîtier est assez complexe et élégante. Il n'est
pas incurvé pour épouser la forme du poignet et le fond bombé
surélève la montre sur le poignet. Malgré cela, la montre
est très confortable et elle ne tourne pas sur le poignet.
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Le fond est vissé et sert de support à la littérature : "MANUFACTURE EN SUISSE CHRONOGRAPHE 100M", suivi de la référence du modèle, soit "D13050.1", au-dessous de laquelle se trouve le numéro de série à 5 chiffres. Au centre sur un fond granuleux, est gravé le logo ailé, surmonté du nom de la marque et souligné de la fameuse date, 1884. |
La couronne et les poussoirs
Ce chronographe présente les trois protubérances
désormais classiques : une couronne à 3 heures encadrée
par deux poussoirs à 2 et 4 heures. Tous les trois, en acier poli, ils sont
en forme de dôme cannelé, ce qui les fait un peu ressembler à
des presses agrume. Mais ils font partie de l'identité du Chronomat et
ne sont en rien disgracieux, bien au contraire
Soulignons ici que le chronographe à 2 poussoirs est une invention brevetée
par Breitling. Ce mécanisme que l'on retrouve sur presque tous les chronographes
actuels permet d'interrompre la mesure et de la reprendre sans remettre à
zéro.
La couronne est vissée
et protégée par deux petites épaules. Sa préhension
est difficile sans être réellement pénible. De toutes
façons, il n'est nécessaire de la dévisser que tous
les deux mois, pour ajuster la date, et l'heure par la même occasion.
Les poussoirs ne sont pas vissés mais rentrent dans la boîte afin de les rigidifier et ainsi leur éviter d'être faussés en cas de choc. |
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Grâce, entre autres, à la couronne vissée, la montre est donnée pour une résistance à la pression en immersion de 10 ATM, soit 100 mètres. Il ne s'agit donc pas là d'une montre de plongée, vous l'aurez deviné, mais un tel classement laisse présumer de la solidité de l'ensemble et autorise les baignades estivales et les lavages de main en toute sérénité.
La lunette
La lunette de cette Vitesse est composée d'un aneau en or massif de 18k. Je ne l'ai pas démontée mais il semblerait que certaines soient massives, d'autres pas. Le problème de l'or massif est que le mécanisme de cliquet use rapidement l'or beaucoup plus tendre que de l'acier.
Elle est frappée d'un poinçon ovale sur la tranche entre 6h et 7h, figurant une tête de dragon surmontée de l'abréviation "Sté", et des lettres "M" et "N" de part et d'autre.
Elle présente un autre marquage, propre à toutes les lunettes Breitling récentes, le "B" en capitale ronde stylisée, sur la tranche également, entre le 11 et le 12. Ce B permet de prévenir l'horloger que la lunette tient par les vis. En effet, sur les premiers modèles de Chronomat dotés de lunettes "à vis", ces vis ne sont que de la décoration et la lunette clipsée se retire tout simplement en faisant levier avec un lame. Dans ce cas, les vis sont même tout simplement chassées dans la lunette.
L'usinage de la lunette est d'une très grande précision. Il est à noter qu'aucune copie n'arrive à reproduire cette finition. Elle est maintenue en place par 8 petites vis en acier à tête rondes.
Image d'origine Breitling
Elle est dotée de quatre cavaliers en acier, maintenus chacun par une petite vis. Les vis des cavalier ne participent pas au maintien de la lunette mais sont destinés à tenir les cavaliers. Les cavaliers de 3, 6, et 9h sont parallélépipédiques et gravés 15, 30 et 45 peint en noir. Le cavalier à 12 heures est un parallélépipède terminé par un triangle et possède un point luminescent très lumineux sous une petite glace en saphir. Les cavaliers de 3h et 9h peuvent être inversés afin de transformer la lunette de minutage en lunette de compte à rebours car elle ne présente pas d'autre marquage que ceux présents sur les cavaliers. Cette opération est très aisée puisqu'il suffit de dévisser les deux cavaliers et de les inverser. Ces cavaliers dépassent largement du plan de la lunette et protègent le verre. Ils facilitent également la préhension et la manipulation de la lunette, laquelle est unidirectionnelle à cliquet, par pas d'une minute et s'aligne impeccablement avec les marquages du cadran. La sensation de solidité, l'absence totale de jeu et la précision avec laquelle elle s'aligne en font une des meilleures réalisations du marché.
La glace
C'est une glace en saphir, légèrement bombée et traitée anti-reflet sur les deux faces. Elle est montée en retrait par rapport au plan de la lunette ce qui la protège des chocs. Le traitement, associé au léger bombé, est d'une efficacité redoutable puisqu'il est quasiment impossible de voir la glace, quelles que soient les conditions d'éclairage et l'angle sous lequel on la regarde.
Tout au plus donne t'il un effet bleuté de toute beauté sous forte lumière avec une forte incidence. Ce traitement a bien sûr un inconvénient : il rend la surface extérieure sujette aux rayures. Après la théorie, la pratique. Sans faire particulièrement attention au début et après avoir transporté ma montre dans des conditions parfois pénibles pour elle (la poche avant de mon pantalon dans le désert sénégalais pendant plusieurs jours) elle présente une micro rayure de 1mm de long sur rien du tout de large due à l'abrasion d'un grain de sable. Cette rayure n'est visible que sous un fort éclairage et avec une loupe, jamais à l'il nu. Mon conseil serait alors : attention au saphir dont la surface est rendue rayable par le traitement, mais pas de psychose, c'est du solide quand même. Si vous connaissez les verres minéraux ou, pire, en plexiglas, celui-ci est, sans comparaison possible, plus solide.
Le cadran
Le cadran de cette montre est ce qui m'a fait craquer.
Le fond, d'un beau bleu, relevé par cette constellation de petites aiguilles,
chiffres et autres cercles dorés est magnifique, à mon goût
bien sûr.
Le fond bleu est mat, ce rendu étant obtenu à l'aide d'une peinture
granuleuse. Le fond des registres est parcouru par des sillons.
Tous les marquages sont imprimés en blancs mat, réalisés
avec une très grande finesse et ils supportent fort bien un examen détaillé
à la loupe 10x.
Le cadran présente les trois registres habituels, dans la configuration propre au 7750 standard, soit la petite seconde au 9, le registre des minutes du chronographe au 12 et le registre des heures au 6. Tout ceci est complété par un guichet présentant le quantième (date) au 3, sur fond blanc (dommage, je l'aurais préféré de la couleur du cadran).
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Le pourtour du cadran est surélevé de 2 mm environ et sur la tranche est imprimé, en blanc, une échelle de 0 à 100 pour diviser l'heure ou la minute dans une base décimale plus facile à manipuler mentalement pour nous que la base 60. Sur le haut, un tachymètre débutant à 500 UPH (unités par heure) et finissant à 60 ! Bravo, il y en a deux qui suivent. Le tour du cadran est gradué en cinquièmes de seconde. |
Il est à noter car, curieusement cela n'est
pas évident pour tout le monde au regard de récents échanges
sur un forum anglophone, que cette échelle, par un tour de passe-Pascal,
permet de mesurer aussi bien des kilomètres par heure, que des Miles
par heure ou encore des chichis par heure à la boutique de la plage.
Personnellement, je l'utilise pour étalonner le tachymètre des
voitures ou encore pour connaître la vraie cadence des imprimantes et
estimer le temps qu'il faudra pour imprimer un document. Pas vital, me direz-vous,
mais bien utile quand même !
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Les heures sont marquées par des chiffres en Or appliqués, en italique. Ils rappellent la typo utilisée pour les marquages sur les avions. Ils sont évidés et les évidements sont recouverts d'une peinture luminescente qui donne un aspect amusant au cadran dans l'obscurité. Ces chiffres sont élégamment tronqués par les registres cerclés d'un liseré doré, très fin. Tout ceci et vraiment très bien réalisé. |
Enfin, les marqueurs carrés des heures, sur
la piste graduée, sont peints avec la peinture au tritium.
Au 3, à la gauche du quantième, la montre décline son identité : BREITLING CHRONOMAT AUTOMATIC, sur trois lignes en capitales d'imprimerie, droites pour la marque et en italique pour le reste. Au dessus, trône, rapporté, le logo ailé de la marque, en Or. |
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Les aiguilles sont toutes en Or. Les aiguilles des
heures et des minutes sont du type baguette, peintes sur toute la longueur avec
une peinture luminescente. L'aiguille des minutes se prolonge jusqu'aux marquages.
La trotteuse du chronographe est une baguette très fine, terminée
par un triangle (flèche) luminescent à son extrémité
utile, et par le B stylisé sur l'ancre de marine à l'autre extrémité.
Cette aiguille est encore de belle facture.
Enfin, les aguilles des registres et la petite seconde sont du type lance, aussi
appelé épée, sans peinture luminescente.
Tous ces éléments en Or poli réfléchissent la lumière
d'une façon incroyable. Un tout petit rayon de lumière suffit
à les mettre en relief. Pour vous donner une idée, la lumière
émise par les Leds rouges d'un radio réveil suffit à "éclairer"
le cadran et à rendre les aiguilles des registres parfaitement lisibles.
La lisibilité en lumière basse en est considérablement
accentuée.
La peinture luminescente, réactive à la lumière et auto-luminescente
en même temps est très efficace. Même après un séjour
de plusieurs jours à l'obscurité, dans un coffre, les aiguilles
sont tout à fait lisibles dans le noir.
Ce cadran est à mon goût très réussi. L'association
bleu/or fonctionne parfaitement et la réalisation est sans faille.
Le bracelet
Cette Chronomat Vitesse est équipée du bracelet Pilot, bracelet métallique, deux tons, acier et Or.
image Breitling
Chaque maillon est constitué de cinq petits berlingots, trois en acier, deux en acier plaqué or. L'acier et l'or présentent tous les deux une finition poli-miroir. Le bracelet compte au total 60 pièces distinctes, de 11 types différents.
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maillons élémentaire
constitué de 5 pièces et deux axes vissés
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Notez l'épaisseur
du placage sur le maillons dorés
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Les maillons dorés sont plaqués par un procédé qui
n'est pas électrochimique (électrolytique), mais mécanique.
En effet, il fait 0,7 mm d'épaisseur et est obtenu par l'insertion, à
chaud, du noyau en acier dans une bande en or massif, puis poli. Ce procédé
permet d'obtenir un plaquage très épais, supportant le repolissage
et qui ne disparaisse pas avec le temps.
Les maillons sont assemblés par des axes vissés et l'articulation
des maillons entre eux est impeccablement fluide, malgré l'absence totale
de jeu visible entre les maillons. Ce très bon travail montre, de la
part du fabricant, une maîtrise totale de la qualité et des jeux
entre les pièces.
Le réglage de la longueur se fait par maillons entiers seulement.
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La boucle est de type dépoyante, en acier massif avec clip de sécurité. Elle est d'excellente qualité, comme le reste du bracelet. |
Pour un ajustement fin, la
boucle déployante offre un dispositif permettant un réglage
très fin de la longueur, par pas d'un millimètre. Très
efficace !
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Les pièces de bout sont, bien sûr,
massives, parfaitement ajustées entre les cornes écartées
de 20mm et elles assurent donc un bon guidage des pompes.
Autant le dire, ce bracelet est une pièce maîtresse. Sa construction
est d'une solidité et d'un sérieux époustouflants. La finition
en est réalisée à la main et cela se voit. Cette qualité
hors pair a un prix, tout aussi époustouflant, puisqu'au détail,
le "deux tons" est vendu la bagatelle de 11,500 FF. La version tout
acier, elle, est vendue aux alentours de 7,000 FF tout de même. Ceci pour
dire que si vous avez le choix, prenez votre Chronomat doté, d'origine,
du bracelet Pilot métal sachant que son prix prohibitif au détail
le rend difficile à acheter après coup. Mais ce bracelet vaut
franchement le sacrifice au départ.
Le mouvement de cette Chronomat Vitesse, comme de quasiment tous les chronographes mécaniques actuels de Breitling, est le Calibre Breitling 13. Breitling n'a jamais, de toute son histoire, produit ses propres mouvements. Donc, derrière ce nom bien de chez eux se cache le best seller des mouvements de chronographe automatique de notre époque, le fameux, le célèbre, l'incontournable Valjoux/ETA 7750.
Valjoux/ETA 7750 finition basique
(Photo ETA)
Le 7750 est un bon mouvement de chronographe, né comme tel et non pas comme un mouvement modulaire. Il a été produit à tellement d'exemplaire qu'il est maintenant très bien maîtrisé, ce qui présente l'avantage, non négligeable, d'une fiabilité difficile à prendre en défaut. Il a été modifié et compliqué par de nombreuses marques pour offrir tantôt un calendrier complet, tantôt une Rattrapante ou encore un fly-back et j'en passe. Ces utilisateurs de Valjoux sont aussi prestigieux et/ou célèbres que Alain Silberstein, Bertolucci, Chronoswiss, Eberhard, Eterna, IWC, Longines, Maurice Lacroix, Minerva, Omega, Oris, Panerai, TAG-Heuer, Tissot, Ulysse Nardin, Universal Genève et bien d'autres, dont certains se défendent de le faire, d'ailleurs.
Bon, bien sûr, il ne s'agit pas d'un mouvement de manufacture aussi réputé que le El-Primero dans son genre ou le Lange L951 (Datograph) dans un genre énormément plus onéreux, mais c'est tout de même un mouvement qui a le mérite d'animer de très belles montres, avec la fidélité du Saint-Bernard.
Pour porter les armoiries de la firme de Grenchen, ce roturier subit, chez Kelek (qui appartient désormais à Breitling), un traitement maison consistant essentiellement en un finissage "Côtes de Genève", le bouchonnage des ponts, le remplacement de quelques pièces maîtresses par des pièces de plus grande qualité et un réglage. Ce traitement, comme aucun traitement d'ailleurs, n'en fait pas un mouvement de manufacture pour autant.
Le 7750 habillé en "Calibre
Breitling 13" (Photo Breitling)
Depuis 1999, toute la production de Breitling est certifiée par le COSC. Mon exemplaire datant de 1998, il n'est pas diplômé. Cependant il pourrait largement l'être car il est très précis et ne perd que 3 à 5 secondes par semaine avec une régularité métronomique depuis 3 ans. A noter, pour ceux qui angoisseraient face à leur nouvelle montre, quand je l'ai eu, il gagnait de cinq à dix secondes par jour. Cela a duré 2 mois environ puis il s'est stabilisé à la valeur tout à fait acceptable citée précédemment.
Voici les caractéristiques du B13 :
Un petit point sur l'un des plus grands scandales
que l'horlogerie mécanique ait eu à connaître en ces temps
troublés : la célèbre pièce en plastique du 7750
!
Eh bien, croyez-le ou non, le 7750 contient, non pas une, mais 3 pièces
en Nylon ! Si si, vous avez bien lu, pas moins de trois pièces en Nylon.
Mon Dieu, mais c'est pire encore que tout ce que nous pouvions imaginer ! En
fait, ces pièces sont des leviers ou balais qui freinent certaines roues
du chronographe lors de sa manipulation. Ces leviers en Nylon (et pas en plastique)
frottent sur les dents en laiton et en acier qui composent le mécanisme
du chronographe. Ces leviers, de par la matière qui les compose sont
plus efficaces dans ce rôle que des leviers en métal car d'une
part ils n'usent pas les toutes petites dents des roues et d'autre part le Nylon
est autolubrifiant. Le recours à ce matériau permet de rendre
le mouvement plus fiable et plus durable ! Et oui, plus fiable.
Mais je l'accorde volontiers aux intégristes de service : c'est un véritable
scandale ! Donc, poubelle les IWC, Chronoswiss, et autres Alain Silberstein,
Ulysse Nardin, j'en passe et des meilleures. Je propose à tous les gens
qui veulent jeter leur 7750 aux orties de m'envoyer un petit mail avant et je
me dévouerai pour les soulager.
Dans la pratique, ce mouvement se révèle
très efficace et très bien réglé. La date saute
impeccablement à 23h59 après s'être décalée
lentement à partir de 23h00 environ, tout en restant toujours visible.
J'ai lu avec amusement dans la brochure Omega, à propos de leurs mouvements,
que Omega présente cette caractéristique de construction comme
un avantage arguant que l'on sait alors que la date affichée est celle
de la veille. Bien vu !
Les aiguilles du chronographe sont parfaitement alignées sur les zéros
à la remise à zéro et sur les index des registres lorsqu'il
est en fonction. Le registre des minutes sautant saute au début de la
dernière seconde de chaque minute, toujours au même instant.
Les commandes du chronographe (départ - arrêt et remise à
zéro) sont fermes et n'égalent pas la douceur que l'on rencontre
lorsque l'on est en présence d'une commande par roue à colonne.
Cependant, la pression à exercer n'est pas très élevée
et les déclenchements sont précis.
Un détail enfin : les mouvements du rotor sont très perceptibles.
Lors de mouvements brusques du bras, on sent très bien la vibration engendrée
par sa rotation. Cette sensation peu paraître anormale au départ
mais ça n'est pas le cas. De plus, personnellement, je trouve que cela
rend la montre plus vivante car cette vibration me fait penser à des
battements de cur.
La Boîte et les Papiers
La montre est présentée dans une boîte
de très bonne facture, en Bakélite noire, sur le couvercle de
laquelle est gravé "Breitling" en jaune et en lettres rondes.
Cette boîte est fabriquée en France, pour Breitling seulement
c'est écrit dedans.
A l'intérieur, la partie basse amenée à accueillir la montre
est en mousse dense recouverte de velours noir. Le couvercle est également
garni à l'intérieur de velours noir présentant le logo
ailé en gaufrage.
Enfin, une épinglette Breitling est piquée dans la mousse. Cette
boîte est elle-même protégée par une boîte en carton fort
jaune frappée du Logo Breitling en noir sur le dessus. Accompagnant la
montre, on trouve dans la boîte, les papiers en 7 langues (garantie internationale
de 1 an, qui sert également de certificat d'authenticité et de
carnet d'entretien, le manuel utilisateur ainsi que l'incontournable liste des
centres agréés du Monde entier).
Conclusion
Comme je vous l'ai dit en préambule, cette
montre fut ma première montre "pas raisonnable" comme le dit
si bien Alain, de la Passion des Montres, et elle a ouvert la brèche
en moi vers l'horlogerie mécanique.
C'est une belle montre qui a quitté le catalogue en 2000, ce que je trouve
dommage. Elle était vendue fort cher pour une montre animée par
un 7750, même si celui-ci est fini "côtes de Genève"
: 30.000 F, prix catalogue avec le bracelet Pilot deux couleurs. Cependant la
qualité de fabrication du boîtier, de la lunette, du cadran et
du bracelet en font une montre de très bonne qualité. Ajoutez
à ceci un mouvement quasiment indestructible et vous avez là une
montre qui pourra vous accompagner pendant de très longues années.
La mienne a trois ans. Elle a été ma seule montre pendant près
de deux ans et elle a, à ce titre, été portée dans
toutes les circonstances, 365 jours par an. Elle arbore donc les marques des
nombreux outrages qu'elle a subis durant cette période : la boucle est
largement rayée, le boîtier et le bracelet également. Ces
stigmates ne donnent pas pour autant à la montre un aspect épave.
Tout au plus avoue-t-elle ainsi son âge. Toutes ces dégradations
sont aisément rattrapables par un repolissage que le service après-vente
de Breitling France fait systématiquement subir à toutes les montres
qui leur sont confiées pour révision.
Je ne pouvais conclure cette revue sans faire quelques remarques sur Breitling. En effet, Breitling est une marque qui est actuellement très décriée dans le milieu de ceux qui se disent amateurs d'horlogerie fine. Pourquoi ? Peut être parce que le marketing de la marque est dirigé vers les masses, contrairement à des Breguet ou autres Patek Philippe qui ciblent des populations plus fortunées et à la recherche d'exclusivité. Peut être aussi, certains se sont sentis trahis par Breitling qui a, indéniablement connu des problèmes de fiabilité dans la fin des années 80 et au tout début des années 90, juste au début de la renaissance de la marque emmenée par le nouveau patron, M. Schneider. Mais la marque a fait un effort considérable en ce sens et la production actuelle ne souffre plus de ces problèmes. Le rachat de KELEK, la certification COSC de l'intégralité de la production sont, l'un, une mesure, l'autre un message pour tenter de reconquérir l'image de montre des aviateurs que la marque avait avant cela. Car les défaillances sont de loin ce que les pilotes pardonnent le moins à leurs machines, et on peut les comprendre.
Enfin, Breitling souffre certainement aujourd'hui, dans le milieu des amateurs éclairés, du repositionnement du marketing de toutes les marques haut de gamme qui mettent maintenant l'accent sur le côté "manufacture" créant ainsi une nouvelle aristocratie. Le récent changement de mouvement du Cosmograph Daytona de Rolex n'est pas totalement étranger à cette nouvelle bataille. En effet, comment se positionner sur ce marché alors que son vaisseau amiral est motorisé par un mouvement d'origine externe, à savoir un Zenith El-Primero ? Sur ce terrain, Breitling ne peut pas se battre car elle n'a jamais été une manufacture, ni aux premières heures, ni au cours de ses heures de gloire. Breitling a conquis son image de fournisseur de montres de haut de gamme à une époque où certaines des ces manufactures n'existaient même plus et où les autres utilisaient, sans rechigner, des mouvements Venus ou Lemania et continuent d'ailleurs, pour certaines. Mais, comme dirait l'autre, "Business is Business".
Bruno Cracco - Juin 2001 pour La
Passion des Montres
Le site de Breitling,
bien sûr : www.breitling.com